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Lc 14, 1-6

Notre intention est-elle toujours droite ?

« Ces derniers l’observaient », écrit saint Luc alors que Jésus venait d’entrer dans la maison d’un chef des pharisiens pour prendre un repas. Voulaient-ils recevoir ses leçons, prendre exemple sur lui ou tirer quelques enseignements de ses propos ? La suite du passage nous fait comprendre que ce n’était malheureusement pas le cas, conclusion d’autant plus légitime qu’elle est confirmée par bien d’autres passages de l’Évangile. Je n’en citerai que deux, à titre d’exemple. « Les pharisiens et les sadducéens s’approchèrent pour mettre Jésus à l’épreuve ; ils lui demandèrent de leur montrer un signe venant du ciel » (Mt 16, 1). Ou, en cette autre occasion où il était question de l’impôt dû à César. « On envoya à Jésus des pharisiens et des partisans d’Hérode pour lui tendre un piège en le faisant parler » (Mc 12, 13). Il est sûr que les évangélistes ont bien saisi cet aspect si important de son ministère public qui aboutira à son rejet définitif et à sa condamnation à mort.

Sans oublier la leçon principale du passage, à savoir l’importance d’écouter la Parole de Dieu et d’interpréter les signes du Seigneur en toute simplicité de cœur, nous pourrions penser aujourd’hui au poids, presque inévitablement négatif, de nos préjugés dans nos rapports avec les autres, en particulier les plus proches. Appelons-les comme nous voudrons : préjugés, idées préconçues, parti pris, mauvaise foi et un long etc.

Dans tous les cas, il s’agit d’une sorte de filtre ou de verre que nous plaçons entre les autres et nous, pouvant nous empêcher de voir la réalité telle qu’elle est, car ayant des effets déformants, comme ces miroirs qu’on trouve dans certaines fêtes foraines. Pourtant, nous pourrions penser que l’image est là, bien réelle, aux contours nets et précis, que nous la voyons de nos propres yeux… J’en conviens, mais correspond-elle exactement à la personne placée devant le miroir ? N’a-t-elle pas été déformée par les propriétés optiques particulières de ce dernier, conformément aux intentions de son constructeur ?

Décidons-nous donc à éliminer tout filtre dans nos relations avec les autres, surtout les plus proches. Entre époux, entre parents et enfants, entre frères et sœurs, entre amis ou collègues de bureau et, même, vis-à-vis des inconnus que les aléas de la vie nous font rencontrer et que nous ne reverrons probablement plus jamais. Il ne s’agit pas d’être naïf, de renoncer à toute réflexion, de « gober » tout bonnement ce qu’on nous dit ou ce que nous voyons. Non, ce serait faire preuve d’immaturité, voire d’une certaine irresponsabilité.

L’idée est plutôt de faire confiance aux autres, quitte à « se faire avoir », si vous me permettez l’expression. Notre Seigneur a fait confiance à tout le monde, d’abord à ses apôtres et à ses disciples. À Pierre, malgré sa faiblesse et ses reniements. Même à Judas, à qui il a offert une dernière chance à Gethsémani, juste avant son arrestation. Notre droiture et la confiance que nous faisons aux autres peuvent avoir des effets incroyablement puissants sur eux et les amener à des attitudes personnelles plus droites et nobles.

En même temps, essayons nous-mêmes d’avoir toujours une attitude franche et nette dans nos rapports avec les autres, sans duplicité ni hypocrisie, au premier degré dans nos propos et sans détour ni artifice dans nos décisions et nos attitudes. Ce n’est pas gagné d’avance, parce que nous portons en nous les séquelles du péché originel dont le risque d’avoir une intention moins droite n’est pas la moindre. Quel que soit notre âge, il est sûr que nous l’avons bien appris, parfois à nos dépens. Nous ne sommes donc pas surpris de trouver assez souvent l’expression « purifier l’intention » ou d’autres équivalentes, telles que redresser ou rectifier. Remettre droit, disent les dictionnaires.

Par ailleurs, c’est une des demandes que nous adressons au Saint-Esprit dans la séquence de la messe de la Pentecôte : « Rends droit ce qui est faussé ». Pourquoi une telle demande ? Parce que, plus ou moins consciemment, nous pouvons « fausser » la réalité, c’est-à-dire les faits, l’intention des autres, les tenants et les aboutissants d’un problème, etc. avec le risque certain de prendre une mauvaise direction à l’heure de l’action.

Prions la Vierge Marie qui, en cela aussi, nous a laissé un exemple extraordinaire de noblesse et de droiture. Saint Luc nous dit à deux reprises qu’elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19). Or, dans la parabole du semeur, le Seigneur brosse le portrait du bon disciple, « celui qui a entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, la retient et porte du fruit par sa persévérance » (Lc 8, 15). N’est-il pas assez évident qu’il nous invite à faire le rapprochement entre les deux textes et à conclure qu’il a voulu faire, encore une fois, l’éloge de sa Mère ? Qu’elle nous aide à avoir toujours un cœur bon et généreux, qui inspire la confiance aux autres et les encourage à s’adresser sans la moindre hésitation à nous, avec l’assurance de trouver quelqu’un qui, sans arrière-pensée, va les écouter et les comprendre.

Abbé Alphonse Vidal (Paris)

  • 17
  • pn fo, il y a 49 mois
    Bonjour.  Merci monsieur l'abbé pour cette belle méditation. Il y a cependant une chose qui m'a interpellé. Est-ce que Jésus a-t-il vraiment voulu laisser à Juda une dernière chance à Gethsémani ? Parce que Jésus avait accepté d'être trahi par Judas étant donné qu'il avait accepté d'être rejeté par sa créature. Les paroles et gestes de Jésus envers Judas ne serait-ce pas plutôt pour montrer à Judas qu'il savait ce qu'il lui ferait... C'est plus facile, après avoir commit une faute contre quelqu'un, de lui demander pardon si l'on comprend qu'il le savait avant que l'on ai commis la faute... Le problème de Judas c'est qu'il n'a pas cru que Jésus était miséricordieux du moment qu'on lui demande pardon. Jésus eu la même attitude envers Pierre. Mais comme le montre la Passion du Christ de Mel Guibson, Pierre a du croisé Jean qui l'a amené à Marie. C'est ce qui lui a permis de demander pardon. Ne devrait on pas faire comme Jean avec nos amis qui ont des remorts... Bien à vous.
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