Retour La parole de Dieu  
Oraison Lectures Psaume Evangile Méditation

Jn 5, 1-16

Tout chrétien doit être un apôtre

L’Évangile d’aujourd’hui laisse entendre que, tout bien considéré, ce paralytique a eu de la chance. Certes, il a dû patienter pendant 38 ans avant d’être guéri. Mais, finalement, sa patience a été largement récompensée. Le voilà guéri, capable de nouveau de marcher et même de porter son brancard. Pour nous, un enseignement important à retenir est certainement la certitude que Dieu exauce toujours nos prières, y compris lorsque nous avons l’impression que sa mesure du temps ne coïncide pas avec la nôtre. Saint Pierre n’a-t-il pas écrit que pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour (2 P 3, 8) ? N’hésitons jamais à nous montrer insistants à l’heure de lui confier nos intentions.

Cela étant souligné, l’aspect du passage qui pourrait plus concrètement nous intéresser aujourd’hui, c’est son côté symbolique, dans le droit fil de la tradition de l’Église. En effet, d’après et un bon nombre de Pères et d’écrivains ecclésiastiques, la paralysie de cet homme symbolise les maladies de l’âme. D’abord la première de toutes, le péché originel et ses séquelles. Mais aussi beaucoup d’autres maladies spirituelles, telles que l’égoïsme, la sensualité débridée, l’attachement excessif aux biens de ce monde et, en général, les péchés capitaux, source et racine de tous les autres. Des maladies dont nous sommes tous certainement atteints. D’accord, mais n’oublions pas que le Seigneur est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19, 10), d’après ses propos chez Zachée le publicain. Dès lors, aussi nombreux et importants que soient nos défauts et nos fautes, le Christ a le pouvoir et la volonté de nous en délivrer. Après chaque confession, il peut donc nous dire comme il l’a dit au paralytique : Te voilà guéri. Ne pèche plus (5, 14).

Allant plus loin dans notre lecture symbolique, pensons à la première réplique de cet homme que notre Seigneur a interpelé sur les bords de la piscine : Seigneur, je n’ai personne (5, 7). Il m’est venu à l’esprit un commentaire de saint Josémaria, fort éloquent, dans une de ses homélies sur l’Église et ses membres : « Les hommes pensent souvent qu’ils peuvent se passer de Dieu. Ils se trompent. Bien qu’ils ne le sachent pas, ils gisent comme le paralytique de la piscine probatique : incapables de se mouvoir vers les eaux qui sauvent, vers la doctrine qui met la joie dans l’âme. Bien souvent c’est la faute des chrétiens ; ces personnes pourraient répéter hominem non habeo, je n’ai même pas quelqu’un pour m’aider. Tout chrétien doit être apôtre, parce que Dieu, qui n’a besoin de personne, a néanmoins besoin de nous. Il compte sur nous pour que nous nous consacrions à répandre sa doctrine salvatrice » (Aimer l’Église)

Voilà toute trouvée la résolution à tirer de l’Évangile de la messe d’aujourd’hui : prendre plus au sérieux la dimension apostolique de notre vocation chrétienne. Le Concile Vatican II a solennellement souligné la vocation à la sainteté et à l’apostolat de tous les baptisés. Saint Paul VI en tirait des conséquences assez pratiques dans un de ses derniers documents magistériels, l’Exhortation apostolique « Evangelii nuntiandi » (8-XII-1975) : « L’effort pour annoncer l’Évangile aux hommes de notre temps, exaltés par l’espérance mais en même temps travaillés souvent par la peur et l’angoisse, est sans nul doute un service rendu à la communauté des chrétiens, mais aussi à toute l’humanité ». C’est à la fois un diagnostic lucide et le rappel d’un devoir impérieux qui s’impose à tous les chrétiens. D’où nos résolutions :

a) Faire un bon examen personnel sur la façon dont nous nous acquittons de ce devoir, examen à faire dans l’esprit du pape François dans son exhortation « Evangelii gaudium » qui fait suite à celle de son saint prédécesseur : « Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres ».

b) Nous assurer qu’autour de nous, dans notre environnement naturel et quotidien, personne ne se voie réduit à reprendre à son compte l’exclamation du paralytique : Je n’ai personne pour me plonger dans la piscine (Jn 5, 7). Personne ? alors que nous sommes là, peut-être tout près, partageant à longueur d’année des occupations et des intérêts communs. Si notre conscience nous fait des reproches, n’hésitons pas trop à nous jeter à l’eau et à annoncer autour de nous « la joie de l’Évangile ».

c) Or, faisons-le sans oublier que le Christ est lui-même le noyau de la Bonne Nouvelle. Dès lors être apôtre, c’est agir comme il le ferait à notre place : passer un coup de fil à un ami qui vit tout seul pour soulager sa solitude ; prendre un repas avec quelqu’un et lui poser gentiment quelques questions pour qu’il puisse verser dans une oreille amicale certains de ses soucis et de ses angoisses ; et bien d’autres démarches semblables. Ce sera le point de départ d’une action pouvant amener ou ramener nos amis et nos connaissances auprès du Christ afin qu’eux aussi bénéficient de sa force salvifique.

Soyons assurés que la Vierge Marie, Reine des apôtres, soutiendra à fond chacune des démarches que l’Esprit Saint pourra bien nous inspirer.

Abbé Alphonse Vidal (Paris)

  • 33
  • Ajouter un commentaire