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Mt 9, 14-17

La scène de l'évangile d'aujourd'hui fait suite à la grande réception organisée par Matthieu après avoir répondu positivement à l'appel du Seigneur. Les scribes et les Pharisiens s'adressèrent alors aux disciples de Jésus pour leur demander : pourquoi votre Maître partage-t-il la table des publicains et des pécheurs, pourquoi se commet-il avec ces gens-là ? (Évangile d'hier) À présent, ce sont les disciples de Jean-Baptiste qui, directement, interrogent Jésus sur la question du jeûne.

Fidèles, en effet, à la pratique austère du Précurseur, ils unissaient de longues prières à un jeûne rigoureux deux fois par semaine. Cette façon de faire, non exigée par la Loi, était devenue coutumière, parfois ostentatoire, comme le Seigneur aura l'occasion de le déplorer : visage triste, mine défaite à dessein... Pour eux, cela justifiait leur mauvaise humeur, surtout quand on festoyait sous leurs yeux. D'où leur question posée avec une certaine animosité : pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que ceux de maîtres vénérés en Israël se conforment à la discipline accoutumée ?

Jésus répond en deux temps :

1. D'abord, il en appelle aux souvenirs de ses interlocuteurs : quelques temps auparavant, lorsque sa popularité croissante les avait alarmés, les paroles remplies de vision surnaturelle du Baptiste les avait apaisés : J'ai été envoyé devant le Christ (…) ; l'ami de l'époux, qui se tient là, se réjouit de l'écouter (Jn 3, 29). Puis il s'applique la comparaison : étant donné qu'il est l'époux, c'est le temps des noces ; comment ses amis et compagnons pourraient-ils revêtir la livrée de tristesse tant qu'il est avec eux ?

2. Ensuite, il élève le débat au moyen de deux paraboles de « couleur locale » : celle du banquet offert par Matthieu, où on s'était présenté avec une belle tunique, où le vin avait coulé pour les invités.

            L'évangile est d'une nouveauté radicale : il n'est pas fait pour rapiécer le vieil habit du judaïsme, en y cousant un morceau d'étoffe neuve, en y agrégeant telle disposition nouvelle. Son but est de nous renouveler de l'intérieur. Prenons donc garde à ne pas nous modeler sur le monde présent, comme nous en avertit saint Paul (Rm 12, 2). À vingt siècles de distance, la pertinence de la métaphore du tissu neuf nous provoque encore. Pensons à la prégnance de la culture médiatique pendant l'été : déferlement de la presse people, débraillement vestimentaire, maximisation de la recherche de satisfactions à court terme, etc. N'entrave-t-elle pas la liberté d'esprit et de comportement par attraction pour les valeurs mondaines ? Un exemple : une « perle » du bac qui reflète ce diktat du conformisme ambiant : « le centre du système neurovégétatif est l'hypotatamus » (au lieu d'hypothalamus) : glissement sémantique (l'hippopotamus est une chaîne de restauration) ou simple lapsus ?

            Personne ne verse le vin nouveau qui fermente avec puissance dans de vieilles outres gercées, ratatinées : sous le travail de la fermentation, elles éclatent et tout est perdu, contenant et contenu. Le vin généreux du christianisme ne peut être reçu que dans des intelligences libres de préjugés et des âmes qui rayonnent la joie de vivre. Le temps des vacances, à travers le divertissement et la souplesse des horaires, peut nous faire recouvrer la « grâce » de notre enfance ; et même si ce n'est pas la « semaine des quatre jeudis » idéalisée par Marcel Pagnol à l'époque, le jour de pause hebdomadaire était le jeudi , c'est le bon moment pour revenir à la fraîcheur dans la vie de piété et nous « ouvrir en éventail » en nouant de nouveaux contacts.

Abbé Patrick Pégourier (Lyon)

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