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Mt 13, 54-58

Le bonheur dans la vie courante

Tel pourrait être le titre de notre commentaire du passage évangélique du jour. En effet, nous y assistons à une visite de Jésus à sa « patrie », c’est-à-dire à Nazareth, ville où il avait passé une bonne partie de son enfance et de son adolescence, tout comme ses jeunes années. Jusqu’à l’âge de 30 ans, plus ou moins, c’est-à-dire jusqu’au moment où il a commencé son ministère public. Or, ce qui surprend dans notre passage c’est précisément la surprise de ses compatriotes devant sa sagesse et ses miracles. N’avons-nous pas là une preuve éclatante de la manière dont il a vécu cette longue période, connue comme sa « vie cachée » ? Nous voyons bien que ses concitoyens le considéraient comme l’un d’entre eux, pour la simple raison qu’à vue humaine son existence avait été celle de tout le monde. D’où leur étonnement. N’est-il pas le fils du charpentier ?

Le Catéchisme de l’Église Catholique résume cette longue période en quelques lignes, d’une grande force spirituelle : « Pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de l’immense majorité des hommes : une vie quotidienne sans apparente grandeur, vie de travail manuel, vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu (cf. Ga 4, 4), vie dans la communauté » (n° 531). Or, l’Église nous enseigne que ces années-là aussi avaient une valeur rédemptrice et non seulement la vie publique, plus concrètement, sa passion, sa mort et sa résurrection. Elle va même plus loin dans son magistère et ses conseils en affirmant que, pour la plupart des fidèles chrétiens, la sainteté consiste à imiter notre Seigneur pendant cette période de sa vie. Autrement dit, que l’appel à la sainteté est doublement universel. Universel d’abord parce qu’il s’adresse à tous les baptisés, quels que soient leur état et leur rang. Mais universel aussi parce qu’il concerne l’ensemble de l’existence humaine et non seulement la vie strictement spirituelle, prière, culte et liturgie, mais aussi les devoirs ordinaires au milieu du monde : famille, travail, art et culture, loisirs, vie dans la cité, etc.

La portée de ces questions est plus importante qu’il n’y paraît. Car, en fin de compte, il y va de notre bonheur personnel, un bonheur relatif tant que nous sommes dans ce monde et le bonheur complet et définitif si, dans sa miséricorde, Dieu nous conduit à la patrie céleste. Tout le monde cherche à avoir sa part de bonheur, le maximum possible mais, comme nous le voyons bien, peu nombreux sont ceux qui y parviennent dans cette vie. Y aurait-il donc un secret, une sorte de pierre philosophale du bonheur ? Avec toutes les réserves qu’impose ce genre de questions, notre réponse est affirmative. Car c’est pour le bonheur que Dieu nous a créés et le Verbe est venu sur terre pour nous en montrer la voie. Par ses enseignements et plus encore par son exemple : Je suis la voie, la vérité et la vie (Jn 14, 6)

L’Église et ses institutions proposent un bon nombre d’angles d’attaque pour aborder en chrétien la vie ordinaire. C’est là sa richesse, dans le plus grand respect de la liberté de chacun de ses enfants. Un commentaire officiel de saint Jean Paul II, lors de la canonisation de St Josémaria, me vient à l’esprit : « Saint Josémaria fut choisi par le Seigneur pour annoncer l’appel universel à la sainteté et pour indiquer que la vie de tous les jours, les activités ordinaires, sont un chemin de sanctification. Il serait possible de dire qu’il fut le saint de l’ordinaire. Il était en fait convaincu que, pour celui qui vit dans une optique de foi, tout offre une occasion de rencontre avec Dieu, tout devient un encouragement à la prière. Vue ainsi, la vie quotidienne révèle une grandeur insoupçonnée. La sainteté se retrouve vraiment à la portée de tous » (Discours, 7 octobre 2002)

Pour la plupart, il s’agit donc d’imiter le Seigneur dans sa vie cachée. C’est cela sanctifier la vie ordinaire. C’est pourquoi il est d’une importance capitale que le mot « ordinaire » soit bien défini et compris, puisqu’il revêt la plus grande importance pour tous. En réalité, c’est une sorte de « label ». Toute action aspirant à être sanctifiée doit porter visiblement ce label. Elle doit vraiment être « ordinaire », c’est-à-dire s’inscrire dans un plan bien réglé. Le reste ne serait que contrefaçon, donc égoïsme ou paresse plus ou moins déguisés, mais en aucun cas une occasion de rencontrer le Christ et de se sanctifier. À cet égard, n’oublions pas que dans le mot « ordinaire » il y a « ordre ». Ne parlons-nous pas d’un « label » ou bien d’une « appellation contrôlée », comme les grands crus ? Malgré son étendue sémantique, c’est un adjectif assez précis :

+ Ordinaire = conforme à l’ordre normal, habituel des choses

+ À l’Armée, ce que l’on mange, ce que l’on sert habituellement aux repas

Autrement dit, et c’est notre conclusion, le mot « ordre » évoque une discipline, un plan correspondant fidèlement à nos devoirs, un ordre objectif qui nous est imposé par les engagements déjà pris et excluant nos caprices, nos velléités, nos états d’âme, bref toute facilité ou mollesse. C’est uniquement à ce prix que nos actions ordinaires deviendront la matière de notre sanctification.

Puisse la Vierge Marie, elle qui a mené dans l’ensemble une existence tout à fait ordinaire nous aider à bien saisir cet aspect si important de notre foi et à nous y conformer, y compris pendant ces semaines d’été.

Abbé Alphonse Vidal (Paris)

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