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Saintes Perpétue et Félicité

Perpétue, jeune patricienne de 22 ans, récemment mariée et mère d'une petite fille qu'elle allaite encore, est arrêtée car catéchumène. Son père ne comprend pas son obstination à adorer Jésus-Christ. Elle raconte : « Nous étions encore avec nos persécuteurs lorsque mon père, dans l'affection qu'il me portait, vint faire de nouveaux efforts pour m'amener à changer de résolution. «  Mon père, lui dis-je, il m'est impossible de dire autre chose si ce n'est que je suis chrétienne. » À ce mot, saisi de colère, il se jeta sur moi pour m'arracher les yeux ; mais il ne fit que me maltraiter, et il se retira vaincu ainsi que le démon avec tous ses artifices. Peu de jours après nous fûmes baptisés ; le Saint-Esprit m'inspira alors de ne demander que la patience dans les tourments. Peu après, on nous renferma dans la prison ». Puis, nouvel interrogatoire ; Perpétue raconte : « je vis alors arriver mon père, la douleur était peinte sur son visage, un chagrin mortel le consumait : ‘Ma fille, aie pitié de ton père, si je mérite encore d'être appelé ton père. Regarde tes frères, regarde ta mère, regarde ton enfant qui ne pourra vivre si tu meurs; laisse cette fierté et ne sois pas la cause de notre perte à tous’. Mon père me disait toutes ces choses par tendresse ; puis se jetant à mes pieds tout en larmes, il m'appelait non plus sa fille, mais sa dame. Je plaignais la vieillesse de mon père, songeant qu'il serait le seul, de toute notre famille qui ne se réjouirait pas de mon martyre. Je lui dis pour le fortifier : ‘Il n'arrivera de tout ceci que ce qu'il plaira à Dieu ; sache que nous ne dépendons pas de nous-mêmes, mais de Lui’. Il se retira accablé de tristesse. Un autre jour, comme nous dînions, on vint nous enlever pour subir l'interrogatoire. Arrivés sur le forum, nous montâmes sur l'estrade. Quand mon tour fut venu, mon père parut tout à coup avec mon enfant ; il me tira à part, me suppliant : ‘Aie pitié de ton enfant’. Le procurateur Hilarien me dit aussi : ‘épargne la vieillesse de ton père, épargne l'âge tendre de ton fils ; sacrifie pour la santé des empereurs’. Je répondis : ‘Je ne le ferai pas : je suis chrétienne’. Alors Hilarien ordonna que mon père soir chassé et un huissier le frappa d'un coup de canne. Je ressentie le coup comme si j'avais été moi-même frappée tant je souffris de voir mon père ainsi maltraité dans sa vieillesse et à mon occasion. Le juge prononça la sentence, qui nous condamnait aux bêtes, et nous redescendîmes joyeux à la prison ». Une dernière fois son père vient la supplier, « il était consumé de tristesse, s'arrachait les cheveux, se jetait contre terre et y demeurait couché sur le visage, disant des choses capables d'émouvoir toutes les créatures. J'étais brisée de douleur en le voyant ainsi ». Perpétue a aussi plusieurs visions dans sa prison ; elle apprend que ses prières ont délivré son frère des peines du purgatoire, et voit un des récents martyrs lui apparaître et lui dire : « Perpétue, vient, nous t'attendons ». Puis, un songe lui fait comprendre qu'elle aurait à combattre non les bêtes de l'amphithéâtre, mais le diable et ses tentations.

Quant à Félicité, jeune esclave catéchumène enceinte de huit mois, elle donna naissance à une petite fille 3 jours avant les jeux durant lesquels elle devait mourir. Le jour du supplice, Perpétue s'avançait la dernière dans l'arène, tranquille et digne, tenant les yeux baissés. Félicité était près d'elle, le visage rayonnant, remplie de joie d'avoir accouché à temps pour combattre les bêtes. C'était une vache très féroce que le diable leur avait préparée. On les enveloppa chacune dans un filet pour les exposer à cette bête. Perpétue fut la première que la bête lança en l'air, et laissa retomber sur les reins. La martyre revenue à elle, et s'apercevant que sa robe était déchirée le long de sa cuisse, la rejoignit proprement, plus jalouse de la pudeur que sensible à ses souffrances. On la ramena pour recevoir un nouveau choc ; elle renoua alors ses cheveux qui s'étaient détachés : car il ne convenait pas qu'une martyre, en son jour de victoire, parût les cheveux épars, et montrât un signe de deuil dans un moment si glorieux. Quand elle fut relevée, ayant aperçu Félicité, que le choc avait toute brisée, étendue par terre, elle alla à elle, et lui donnant la main, la releva. Elles se présentèrent pour une nouvelle attaque, mais le peuple se lassa d'être cruel, on les conduisit vers la porte Sana-Vivaria où on les acheva en les égorgeant.

Saintes Perpétue et Félicité, priez pour nous pendant le carême, afin que nous soyons fermes dans nos résolutions et forts face aux tentations.

Avec l’aimable autorisation de l’abbé Benoît Jullien de Pommerol