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23 mars 2020

La Prière Mariale de Paul Claudel

Il est midi. Je vois l’église ouverte, il faut entrer. Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier. Je n’ai rien à offrir et rien à demander. Je viens, seulement, Mère, pour Vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela que je suis Votre fils et que Vous êtes là. Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête. Être à Vous, Marie, en ce lieu où Vous êtes.

Ne rien dire, regarder Votre visage, laisser le cœur chanter dans son propre langage. Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu’on a le cœur trop plein, comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.

Parce que Vous êtes belle, parce que Vous êtes immaculée, la femme dans la Grâce enfin restituée, la Créature dans son bonheur premier et dans son épanouissement final, telle qu’elle est sortie de Dieu au matin de Sa splendeur originale, intacte ineffablement.

Parce que Vous êtes la Mère de Jésus-Christ, qui est La vérité entre Vos bras, et La seule espérance et Le seul fruit.

Parce que Vous êtes la femme, l’Éden de l’ancienne tendresse oubliée, dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées...

Parce qu’il est midi, parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui, parce que Vous êtes là pour toujours, simplement parce que Vous êtes Marie, simplement parce que Vous existez, Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

Ainsi soit-il.

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