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Bienheureuse Delphine

Delphine de Signe, nait à Puimichel dans le Luberon en 1283, dans une importante famille baronniale de la région. Orpheline à sept ans, elle est confiée, pour parfaire son éducation, aux religieuses voisines. Très riche héritière, elle est ensuite fiancée à 14 ans au jeune Elzéar de Sabran, futur comte d'Ariano et régent du royaume de Naples. Delphine souhaite une vie consacrée à Dieu et résiste à cette idée du mariage, mais, sur les conseils d'un franciscain, elle accepte, et le mariage est célébré deux ans plus tard. Au terme de 4 jours de fête, se retrouvant enfin seuls, Delphine explique à Elzéar son désir de vie consacrée, et encourage son mari dans cette voie. Réticent à s'engager ainsi, Elzéar est finalement séduit par ce projet à travers des exemples de vies de saints et le bonheur dont Delphine rayonne à l'idée de cette vie commune fondée entièrement et uniquement sur la communion des cœurs.

Prononçant leurs vœux devant leur confesseur, un frère mineur, ils entrent dans le tiers ordre franciscain. Voulant toujours unir leurs cœurs, ils vivent secrètement les mêmes pénitences, se lèvent ensemble la nuit pour aller prier à l'église, et partagent toutes les joies et les peines de la vie spirituelle. Quand les devoirs de leur charge les tiennent éloignés, ils abolissent les distances en se donnant rendez-vous dans la plaie du coté de Jésus, pour entrer ensemble dans son cœur et s'y unir par la prière.

Leur maison a un règlement très précis y compris pour ceux qui y travaillent, avec des temps de prière, la messe, et des temps d'enseignement. Ils prennent aussi des mesures importantes pour lutter, sur leurs terres, contre le mal et la misère. Tout cela ne les empêchent pas de tenir leur rang. Elzéar est apprécié autant pour ses qualités morales (il est incorruptible et repousse tout pot-de-vin, puis le soir, dans sa prière, il réclame à Dieu l'équivalent, en grâce, de ce qu'il a repoussé ce jour là) que pour ses talents de chevalier. Il brille un jour de tournoi quand, au grand galop, il enfile sa lance dans un anneau. De son coté, Delphine brille aussi durant le bal qui suit, "évoluant avec une grâce que seule peut donner la vertu".

En 1308, ils deviennent les vassaux de Robert 1er le Sage, roi de Naples, qui a tellement confiance en Elzéar qu'il lui confie, en 1323, la charge de demander la main d'une princesse française pour son fils. Il meurt à Paris au cours de sa mission. La force de leur amour est tel que Delphine sait, dans son cœur, que son mari vient de mourir avant même de l'apprendre par un messager envoyé de Paris par le roi de France Charles IV. Son chagrin dure une année, au terme de laquelle Dieu permet qu'Elzéar lui apparaisse et lui reproche doucement son chagrin, lui expliquant que son départ de cette terre ne diminue en rien l'union de leurs deux cœurs. Souriant dans ses larmes, Delphine retrouve sa joie et rêve à présent d'être pauvre. Peu à peu, elle vend tout.

À Naples, délaissant les appartement princiers, elle loge misérablement en ville et mendie son pain. Elle passe pour folle, est insultée par les enfants qui répètent les propos des adultes, mais elle touche bien des cœurs. De retour en Provence, à Apt, elle continue de vivre de mendicité, et malgré les moqueries, son charisme attire des foules désireuses de l’entendre, ou de la toucher afin d’obtenir une guérison, dont certains ont déjà bénéficié.

Elle est également sollicitée pour résoudre un conflit local, (la guerre de Baux), et organise aussi une caisse rurale, où on prête sans intérêt, et où le trésorier "faisait traite sur la sainteté de Delphine". Atteinte d’hydropisie qui la laisse percluse de douleur, elle meurt le 26 novembre 1360 à l’âge de 76 ans.

Forts des enseignements de la vie de la Bienheureuse Delphine, choisissons de vivre en mettant notre cœur dans celui de Jésus, afin que l'esprit du monde et ses égarements n'y entrent plus.

Avec l’aimable autorisation de l’abbé Benoît Jullien de Pommerol.