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16 mai 2020

Homélie du pape François à la chapelle Sainte Marthe – 16 mai 2020

Prions aujourd'hui pour ceux qui travaillent dans les Pompes funèbres. C'est une des œuvres de miséricorde que d'enterrer les morts et ce n'est pas une chose agréable, bien sûr. Prions pour eux, car ils risquent leur vie s’ils attrapent le virus.

 

Jésus parle souvent du monde, surtout dans son discours d’adieu aux apôtres : Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi. Il parle clairement de la haine que le monde a eu envers Lui et aura envers nous. Et dans la prière qu'il fait au cours du dernier repas avec ses disciples, il ne demande pas à son Père de les retirer du monde, mais de les protéger de l'esprit du monde.

Je crois que nous pouvons nous demander en quoi consiste l'esprit du monde. Quel est cet esprit mondain, capable de haïr, de détruire Jésus et ses disciples, voire de les corrompre et de corrompre l'Église ? Quel est cet esprit mondain ? Cela nous fera du bien d'y réfléchir. C'est une proposition de vie, mondaine. Certains pensent que l’esprit mondain, c'est faire la fête, être en vacances... Non, non. L’esprit mondain est peut-être cela en partie, mais fondamentalement ce n'est pas cela.

L’esprit mondain est une culture ; c'est une culture de l'éphémère, une culture de l'apparence, du maquillage, une culture de "aujourd'hui oui, demain non ; demain oui et aujourd'hui non". Ses valeurs sont superficielles. C’est une culture qui ne connaît pas la loyauté, car elle change selon les circonstances, elle négocie tout. C'est la culture du monde, la culture de l’esprit du monde. Et Jésus insiste pour nous en protéger : il prie pour que le Père nous protège de cette culture mondaine. C'est une culture de l’usa e getta, (ndt : tu t’en sers et tu le jettes) chacun à sa convenance. C'est une culture sans fidélité, qui n'a pas de racines. Mais c'est un mode de vie, qui concerne aussi beaucoup de gens qui se disent chrétiens. Ils sont chrétiens mais ils sont mondains.

Jésus, dans la parabole de la semence tombée en terre, dit que les soucis du monde – c'est-à-dire l’esprit mondain – étouffent la Parole de Dieu, ils ne la laissent pas grandir. Et Paul dit aux Galates : nous étions en situation d’esclaves, soumis aux forces qui régissent le monde. Cela me frappe toujours, toujours, quand je lis les trois dernières pages du livre du Père de Lubac (Méditations sur l'Église), où il parle précisément d’esprit spirituel mondain. Et il dit que c'est le pire des maux qui puisse atteindre l'Église ; et il n'exagère pas, parce qu'ensuite il cite d’autres maux terribles, mais celui-ci est le pire : l’esprit spirituel mondain, parce que c'est une herméneutique de vie, une façon de vivre et aussi une façon de vivre le christianisme. Et pour survivre face à la prédication de l'Évangile, il distille la haine, et il tue.

Quand on parle des martyrs qui ont été tués par haine de la foi, il est vrai que pour certains, la haine était due à un problème théologique ; mais dans la majorité des cas, c'est l’esprit mondain qui déteste la foi et tue, comme ce fut le cas avec Jésus.

C'est curieux ; on me dira peut-être : "Mais Père, l’esprit mondain c’est tout simplement une vie superficielle...". Ne nous faisons pas d'illusions ! L’esprit mondain n'est pas du tout superficiel ! Il a des racines profondes, profondes. Il est comme un caméléon, il change, il va et vient selon les circonstances, mais la substance est la même : c’est un mode de vie qui s’infiltre partout, même dans l'Église. L’esprit mondain, l'herméneutique mondaine, le maquillage, tout est bon pour le mettre en pratique.

Quand l'apôtre Paul est venu à Athènes, et il a été impressionné par tant de monuments dédiés aux dieux à l'aréopage. Et il a voulu en parler : je peux observer que vous êtes, en toutes choses, des hommes particulièrement religieux. En effet, en me promenant et en observant vos monuments sacrés, j’ai même trouvé un autel avec cette inscription : “Au dieu inconnu.” Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer. Et il a commencé à prêcher l'Évangile. Mais quand il est arrivé à la croix et à la résurrection, les uns se moquaient, et les autres déclarèrent : « Là-dessus nous t’écouterons une autre fois. » Il y a en effet une chose que la mondanité ne tolère pas : le scandale de la Croix. Elle ne le tolère pas. Or le seul remède contre l'esprit mondain est le Christ mort et ressuscité pour nous, scandale et folie.

C'est pourquoi, lorsque l'apôtre Jean aborde le thème du monde dans sa première lettre, il dit :  la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. La seule : la foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité. Et cela ne signifie pas être fanatique. Cela ne signifie pas qu'il faille omettre de dialoguer avec tous les peuples, non, mais à être convaincus de la foi, à commencer par le scandale de la Croix, la folie du Christ, qui est aussi la victoire du Christ. Notre victoire, dit saint Jean, c’est notre foi

Demandons à l'Esprit Saint pendant les derniers jours du temps de Pâques, y compris pendant la neuvaine à l'Esprit Saint, la grâce de discerner ce qui est mondain de ce qui est évangélique, et ne nous laissons pas tromper, parce que le monde nous hait, comme il a haï Jésus, et Jésus a prié pour que le Père nous garde du Mauvais.

 

Communion spirituelle

Mon Jésus, je crois que tu es vraiment présent dans le Saint-Sacrement de l'autel. Je T'aime par-dessus tout et Te désire dans mon âme. Puisque je ne peux pas Te recevoir maintenant sacramentellement, viens au moins spirituellement dans mon cœur. Comme si Tu étais déjà venu, je T'embrasse et en toutes choses je m’unis à Toi. Ne permets que je me sépare de Toi.

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